La cigarette se consume vite, trop vite au bout de mes doigts rouges et brûlants de froid, se tordant dans l'air glacé sans ne plus rien sentir, ma bouche à besoin d'un contact, quelque chose contre mes lèvres vite, pour remplacer ton absence, mon esprit à besoin de fumée pour obscurcire et doit pouvoir s'oublier dans la brume pour ne plus rien dicerner et déformer la réalité, à son avantage bien entendu, et la cendre salit mon joli manteau rouge, constellation de miettes grises qui ne veulent plus me quitter, le vent emmèle mes sens, ébouriffe ma vue.
Mais je m'en fiche, je m'en fiche.La foule m'oppresse, m'écrase sans ménagement, me marche sur la tête et me brise les os, se cogne contre moi comme une vague à son récif immuable, inaltérable, c'est si bon de sentir cette marée humaine, un peu de chaleur contre soi, vous ne savez pas vous ce que c'est que d'être une coque vide, une noix sans consistance, une enveloppe dépouillée de matière et de sens, souillée, les gens sont méchants, mal polis, mal lunés, maladroit et je les aime comme ça.
Mais je m'en fiche, je m'en contre-fiche.Elle ne m'appelle plus, il préfère une autre à moi, l'autre va au cinéma quand je ne suis pas là et le dernier me trompe, me ment, me bafoue à chaque seconde, joue la comédie avec ses sourires qui pleurent, se moque avec ses plaisanteries qui brûlent, sa vision m'est insupportable, chaque geste me calcine un bout de moi et me dégoute plus, toujours un peu plus, et je dérive sans rien à quoi me raccrocher, dans la cohue de ces bétises, les gens sont si proches, mais si loin en même temps.
Mais je m'en fous, je m'en fous.Je n'ai plus de regrets, je n'ai plus de honte, je n'ai plus rien du tout, ma tête est si vide que mon coeur se creuse, débordement d'un je ne sais quoi qui m'accable et me courbe, car je sais que quand on part on ne revient plus et si c'est ainsi je ne te reverrai jamais, sache que j'en pleure tous les jours des larmes amères.
MAIS JE M'EN FOUS ET M'EN CONTRE-FOUS. TOUT LE MONDE EST FOU